L'actu sociale

Le fil de l'actualité sociale en direct des centrales syndicales
Retrouvez dans cette rubrique les communiqués de presse et les informations en provenance des syndicats. Cet espace diffuse en temps réel les prises de positions et les réactions envoyées par toutes les organisations. Les opinions émises dans ces articles n'engagent pas Apex.
 

L'invité

Vincent Drezet

Secrétaire Général du Syndicat National Unifié des Impôts (SNUI)
"L'harmonisation fiscale européenne pour sortir de la crise"

 
10 idées sur la désindustrialisation
09/06/2010
Heuliez, Total, Lejaby, Philips, Freescale, ST Micro, Siemens VAI… la litanie des fermetures de sites industriels. Dix idées à retenir sur la désindustrialisation et les discours officiels en matière de « politique industrielle ».

Pas un jour sans la nouvelle d’un site industriel voué à la fermeture. A quoi cela est-il dû ? Simplement à la concurrence de la Chine et de quelques autres pays ou à des phénomènes plus structurels qui nous renvoient à la mondialisation financière ?

En mars de cette année, les pouvoirs publics ratifiaient les « Etats généraux de l’Industrie » en s’appropriant un certain nombre d’orientations dont on ne discerne pas l’efficacité et la pertinence dans une économie mondialisée, au sein d’une Europe « zone de concurrence libre et non faussée » et avec un système bancaire qui persiste dans ses choix spéculatifs. Voici en 10 points ce que ces Etats généraux nous inspirent.

1.- Sur une longue période, l’industrie française voit baisser sa part dans la richesse créée. Cette tendance est générale en Europe, malgré l’exceptionnalité allemande. En France, comme ailleurs en Europe, les prix industriels baissent par rapport à ceux de l’ensemble économique. La part des emplois suit la même trajectoire. 

2.- Ce phénomène durable est dû à de multiples causes structurelles au premier plan desquelles se trouvent la mondialisation des grands groupes industriels ainsi que l’ouverture et l’extension mondiale de l’économie marchande. S’y ajoutent les forts gains de productivité de l’industrie et l’évolution de la consommation au profit des services.

3.- Cette tendance est irréversible et correspond à une transformation de la division internationale du travail. Mais pour autant la tendance n’est pas à une désindustrialisation totale, le tissu industriel se modifie au profit d’activités à haute valeur ajoutée, avec proportionnellement plus d’emplois de plus en plus qualifiés. 

4.- La désindustrialisation se fait sur plusieurs fronts : les activités pour lesquelles les grands groupes industriels gèrent la mobilisation des capacités au niveau européen ou mondial ; les activités de petites sous-traitance pour lesquelles la concurrence des pays à bas coût (d’abord européens) est forte ; les activités disposant encore d’un fort potentiel de concentration et de consolidation. 

5.- Il faut donc se garder de ne voir dans ce processus qu’un seul mécanisme, celui de la concurrence lointaine des pays à très fort décalage salarial. L’Europe à 15 comme à 27 demeure le principal espace de concurrence et de rationalisation interne des moyens de production. C’est d’ailleurs la fonction première qui a été assignée à cette « zone de libre échange » de mise en rivalité des coûts (salaires, fiscalité sur les bénéfices). 

6.- Ce bouleversement est tiré par de vastes opérations de fusions-absorptions, d’économie d’échelle, d’économie de fonds propres et de contention du capital immobilisé, en harmonie avec l’époque actuelle de financiarisation et de forte pression actionnariale. Les actifs industriels proprement dits sont plus souvent considérés comme des centres de coût que comme les fondements de l’économie réelle. Tout cela contribue – avec en plus la crise actuelle – à faire bouger constamment les modèles stratégiques et opérationnels des grandes firmes mondialisées. 

7.- Ce sont d’abord les grands groupes industriels qui façonnent la nouvelle division du travail par la mutation de leur propre système productif. Les grands marchés en développement offrent une croissance que les marchés matures occidentaux ne peuvent plus offrir. La présence dans ces pays de nouveaux players du capital mondialisé pousse à de nouvelles alliances et partenariats et accélère le déplacement général des investissements. 

8.- Les politiques dites « industrielles » devraient ne pas ignorer la hiérarchie des facteurs : ce sont les grandes firmes de tête qui par la répartition géographique de leurs actifs déterminent la vie des « filières » sur le territoire national. Et c’est au sein de l’Europe que se joue l’essentiel de cette redistribution à somme nulle (l’ensemble de l’investissement ayant été stable sur une longue période). Il leur faut donc choisir dès le départ. Ou bien considérer que l’Europe reste comme une marquèterie des pays concurrents et dans ce cas les politiques industrielles se réduiront à un lobbying plus ou moins impuissant en direction des grands groupes. Ou bien, considérer l’Europe comme un ensemble cohérent d’aménagement des territoires, de maîtrise et de contrôle des flux physiques (ne serait-ce qu’en lien avec leur trace carbone). Mais pareille politique industrielle serait contradictoire avec la forme actuelle de l’Europe, une zone de « concurrence libre et non faussée » au sein de laquelle les investissements épousent essentiellement les données de marché. 

9.- Le terme de « politique industrielle» devrait être compris comme contraire au « tout marché ». L’action des puissances publiques ne peut donc se réduire à des pressions et à des aides - au demeurant déjà abondantes et de toute manière sans accroissement possible au regard des problèmes de dette publique. Par souci d’efficacité, ces politiques doivent peser administrativement sur l’allocation européenne des investissements en lien avec les besoins sociaux, l’aménagement des territoires et la maîtrise des flux physiques pour leurs conséquences d’environnementales. 

10.- Mais aucune politique ne pourrait faire revenir l’industrie française à sa situation d’il y a vingt ans, quel que soit le jugement porté sur la « rationalité irrationnelle » avec laquelle la mondialisation financière stimule ces pertes d’emplois. Toute alternative devrait être économe en moyens et en temps de travail, devrait éviter les redondances et préférer la rationalité. C’est donc bien une « autre industrie » qu’il faut déployer progressivement en Europe. Tout en bloquant les délocalisations dont les gains de marge pour les entreprises se retrouvent au passif de la collectivité sous forme de trace carbone des réimportations. Les politiques « industrielles » doivent aussi lourdement intervenir sur la question des reconversions professionnelles, sur le maintien dans leurs droits et leurs revenus des salariés perdant leur emploi, sur les reclassements et sur le développement de métiers de services non déqualifiant, dont beaucoup restent attachés aux activités industrielles.