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Le fil de l'actualité sociale en direct des centrales syndicales
Retrouvez dans cette rubrique les communiqués de presse et les informations en provenance des syndicats. Cet espace diffuse en temps réel les prises de positions et les réactions envoyées par toutes les organisations. Les opinions émises dans ces articles n'engagent pas Apex.
 
Colette Duynslaeger
16/10/2008

Secrétaire générale de la fédération FAPT-CGT

"Touche pas à ma poste !"

photo-duynslaeger.jpgLa direction de La Poste a annoncé l’ouverture prochaine de son capital à des fins de modernisation, d’investissement, et de concurrence. Comment interprétez-vous ce choix ?

Alors qu’un ouragan financier fait vaciller l'ensemble du système bancaire international et menace l'économie mondiale, le gouvernement français persiste à vouloir privatiser La Poste à travers le projet détaillé d’ouverture du capital présenté le 28 août dernier par son PDG Jean-Paul Bailly. À l’heure où l'administration américaine «nationalise» des pans entiers de la finance pour éviter la débâcle, l'État français, lui, est prêt à céder au privé une partie au moins d'un service public auquel les Français sont très largement attachés. Plus que jamais donc le choix d’ouvrir le capital de La Poste à des investisseurs est totalement injustifié. Au lieu de servir à moderniser et à améliorer le service aux usagers, comme le prévoit le contrat de plan signé par l’État qui s’est engagé notamment à financer le service postal universel et à garantir l’accès bancaire à tous, Il ne fera au contraire qu’accentuer la dégradation des services déjà largement mis à mal par les réformes successives et les fermetures de 5 000 bureaux de poste. Je m’inscris donc contre cette privatisation déguisée au même titre que tous ceux qui ont fait part de leur désaccord lors de la forte mobilisation du 23 septembre.

 
Comment les personnels et l’opinion publique ont t-ils réagi à cette annonce officielle ?

Cette journée historique organisée à l’appel des syndicats a été suivie par près de la moitié du personnel de La Poste. Elle a rassemblé un peu partout en France plusieurs milliers de manifestants : des postiers bien sûr, mais aussi des élus et des usagers soutenus par des personnalités politiques. Unis et solidaires contre la privatisation de l’entreprise, tous réclament que des mesures soient prises en faveur d’un service public de qualité incompatible avec la rentabilité financière et l'émergence d'actionnaires privés dans une entreprise publique. Le succès de cette mobilisation vient d’ailleurs d’être conforté par deux récents sondages. Le premier réalisé pour CSA-l'Humanité révèle que 6 Français sur 10 ne sont pas favorables à un changement de statut de La Poste. Le deuxième pour l’IFOP, laisse apparaître que 56 % des personnes interrogées sont hostiles à l'ouverture du capital de ce service public. Partout des pétitions circulent pour dire non à la privatisation, oui au service public et aux revendications des salariés. Plus de 160 000 usagers ont déjà apposé leur signature. De nouvelles journées de mobilisation sont prévues pour combattre ce projet de privatisation qu’aucune directive européenne ne justifie.


Pensez-vous que le processus de privatisation sera similaire, par exemple à celui de France Télécoms ou d’EDF, ou sera-t-il spécifique au regard des métiers du groupe La Poste ?

Une fois transformée en société anonyme, La Poste ouvrira son capital aux investisseurs privés pour lever en bourse les fonds nécessaires à sa croissance et ce, dans un marché totalement ouvert à la concurrence, d'ici 2 011. Aujourd’hui, la direction nous assure que l'État restera majoritaire, mais c’est déjà ce qu’ils promettaient pour France Télécoms dont l'État ne possède plus aujourd'hui que 27 % du capital. On nous fait croire que La Poste conservera toutes ses missions de service public, que les tarifs n’augmenteront pas et que l'usager y trouvera son compte, le tout sans supprimer d’emploi. Mais on sait bien que privatisation, rime avec plus de rendement et moins de service. On s’attend à la fermeture de milliers de bureaux de poste, à une augmentation des tarifs et aussi à des dégraissages massifs. À termes, ce sont près de 100 000 emplois qui pourraient être supprimés avec, notamment, les départs en retraite des fonctionnaires, puisque le président de La Poste a déjà annoncé qu’il ne remplacerait qu’un départ sur 3. C’est énorme sur les 280 000 salariés que compte aujourd’hui La Poste dont 54 % de fonctionnaires, les autres relevant du droit privé (contractuels). Nous ne sommes pas convaincus que la commission mise en place par l’Élysée pour réfléchir à l’avenir de La Poste apportera des réponses concrètes pour sauver la situation. Cette commission ne résoudra rien, elle ne fait que diluer le débat et prouver que le gouvernement est en difficulté sur ce dossier et qu’il faut désormais compter avec les syndicats, les partis politiques et les citoyens pour qu’un vrai débat public ait lieu et qu’il débouche sur un référendum sur le service public postal. Un tel sujet dépasse largement le cadre de la réflexion propre à une entreprise. La Poste fait partie de notre patrimoine national et, de par les missions qu’elle remplit, au service de la population, elle joue un rôle social sans pareil en Europe.

Quelles sont vos réponses à la situation de concurrence qui existe aujourd’hui sur une partie des métiers de la Poste, par exemple de la part de DHL ?


La concurrence existe depuis plusieurs années sur l’ensemble des activités postales (courrier et colis) supérieur à 50 grammes. Le marché soutenu par la directive européenne qui sert de prétexte à la privatisation de La Poste concerne les envois postaux de moins de 50 grammes ainsi que la libéralisation du Livret A au 1er janvier 2009. Pour autant, dans ce contexte, La Poste a un vrai rôle à jouer, notamment pour assurer le contrat de service public signé entre l’État et La Poste pour 3 ans et qui prévoit : la distribution 7 jours sur 7, l’aide à la presse, l’accessibilité bancaire pour tous et la présence postale en tout lieu du territoire. Ce contrat qui soumet l’État à une rétribution de La Poste à hauteur de 800 millions d’euros par an n’est pas suivi des faits. Or, si véritablement l’ouverture de capital devait servir à trouver les moyens financiers pour développer et améliorer les missions de service public, il suffirait que l’État honore ses engagements. La concurrence est donc un faux débat et une fausse bonne raison au nom de laquelle on voudrait rendre légitime la privatisation de La Poste. À concurrence on peut donc répondre par coopérations entre services publics. Je pense notamment à la mise en place de TGV postaux pour plus de rapidité dans l’acheminement du courrier ou encore aux coopérations avec les opérateurs postaux européens. Autant de partenariats constructifs qui feraient avancer les choses plutôt que de procéder à des acquisitions qui mettraient à mal le service public et pénaliseraient des milliers de salariés dans notre pays.

La Banque postale, selon vous, doit-t-elle devenir une banque comme les autres ?

La banque postale ne peut et ne doit pas devenir une banque comme les autres. C’est l’unité des services de La Poste qui permet de financer et de maintenir à un niveau de qualité l’ensemble des services publics de La Poste. Si cette dernière devait se séparer de ses activités financières ou même les dissocier des autres services proposés, elle serait dans l’obligation d’augmenter par exemple le prix du timbre pour maintenir son équilibre financier. Enfin, sur le plan du service rendu aux usagers, la transformation de la banque postale en établissement bancaire financier aurait de graves répercussions sur la cohésion sociale. Elle aurait pour conséquences de remettre en cause l’accessibilité financière et d’exclure du système bancaire les personnes isolées ou défavorisées à qui la banque postale permet aujourd’hui d’ouvrir un compte et de bénéficier d’un certain nombre de droits. Enfin, la banque postale grâce à ses agences disséminées sur tout le territoire, au travers de ses bureaux de poste, contribue à créer du lien social dans un souci de proximité et donc de meilleur service rendu à la population. C’est aussi pour ces raisons que je suis contre la privatisation au même titre que les milliers de personnes qui ont décidé de se battre pour préserver le statut de La Poste et ses missions de service public aujourd’hui et demain.