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Face à la crise : six conseils pour les CE
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24/03/2009 |
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La crise est d’une considérable ampleur. Comment s’en défendre ?
Comment résister au rouleau compresseur ? Comment ne pas tomber dans certains pièges ? Si chaque restructuration aura évidemment ses spécificités auxquelles les élus devront savoir répondre, certains aspects se retrouveront fréquemment.
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Ne pas tomber dans le piège de « la crise
frappe tout le monde de la même manière ».
Les directions d’entreprise vont plaider le
catastrophisme. La crise va être dépeinte comme
un tsunami imposant à tous les mêmes refuges et
la même prudence. On entend déjà dire que c’est
une terrible tempête dans laquelle, pour survivre,
il faudra bien « réduire la voilure ».
A la vérité, si c’est une tempête… c’est aussi une
régate ! En d’autres termes, dans la crise les
entreprises restent plus que jamais dans une
relation de concurrence exacerbée. Et beaucoup
d’entre elles - parmi les plus grandes - vont
chercher à profiter de cette crise pour sortir en
tête de cette régate par forte tempête. La crise
n’arrête pas les lois de la concurrence, au
contraire.
Aussi faut-il prendre grand soin à débusquer ce
qui va relever de restructurations offensives :
réduire les charges, obtenir des gains de
productivité et licencier afin de mener des
politiques de prix agressives permettant de
prendre des parts de marchés aux concurrents.
Cela consistera à doubler la mise sociale pour, en
quelque sorte, « capitaliser » la crise à son profit après avoir souvent confectionné des plans
sociaux a minima pour cause de grand malheur
économique.
Cet aspect-là d’une restructuration doit être
analysée et combattue de manière spécifique.
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Interpeller l’entreprise sur l’appétit
maintenu des actionnaires.
La récession s’est annoncée dès juin 2008 avant
même le dérèglement mondial du système
financier. Les sociétés cotées n’en ont pas moins
poursuivi leurs politiques de rachats d’actions…
En 2009, la crise est avérée et s’annonce comme
très longue. La majorité des entreprises
annoncent une année catastrophique avec des
chiffres d’affaires en baisse de 8 % ou 10 %, voire
plus. Personne n’envisage de retour à la situation
antérieure avant 2011 ou 2012.
Dans cette situation, la plus grande prudence
devrait être de mise en matière de réserves
financières. Si beaucoup de groupes cotés
annoncent des politiques privilégiant la
sauvegarde, voire le renforcement, des ressources
financières (le cash flow), la question qui en
découle est « pour faire quoi ? ». Pour défendre le
niveau de dividende par action ou pour investir et
maintenir une politique sociale digne ce nom ?
Le dividende distribué en 2009 le sera sur la base
des résultats 2008. Prétendre que ces derniers
sont restés d’un bon niveau afin de poursuivre les
politiques antérieures de ponction financière est
d’autant plus scandaleux que tout le monde sait
maintenant de quoi seront faites les deux
prochaines années. Procéder à des diminutions
massives d’effectifs tout en gardant le cap du
dividende, c’est exactement poursuivre les mêmes
politiques du passé : tout pour la sphère
financière et le moins possible pour les salariés.
C’est la même folie destructrice qui risque ainsi
de se poursuivre.
Mettre cela en exergue dans les entreprises
concernées, c’est aussi faire barrage aux licenciements
qui auraient cela comme principale motivation.
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Avoir la plus grande vigilance sur le
niveau d’activité.
Les entreprises présentent leurs perspectives.
Elles actualisent leurs budgets au regard de la
conjoncture et des carnets de commandes. Elles
annoncent un certain nombre de décisions
financières, économiques et sociales. Les instances
représentatives doivent avoir un point de vue
indépendant sur ces projections. Pour cela, que
peuvent-elles exiger comme informations ?
Demander à chaque réunion de CE si
l’entreprise est en ligne ou pas avec la
prévision initiale d’activité, notamment celle
qui a pu être inscrite dans le budget. Si ce
n’est pas le cas, en réclamer les raisons et
en demander l’évaluation. De la même
manière, dans les entreprises disposant d’un
carnet de commande, demander à en suivre
l’évolution mensuelle au regard de son
équivalent en 2007 et 2008.
Dans les entreprises pluriactivités ou
disposant de plusieurs établissements, exiger
le suivi des carnets de commande et de leur
charge à venir.
S’intéresser à la situation des plus gros
fournisseurs et surtout des plus gros clients.
La faillite d’un fournisseur important et
a fortiori celle d’un client pouvant avoir des
conséquences quasi immédiates sur l’activité
de l’entreprise. Cela est très important dans
le cas de PME ou de sites spécialisés.
Demander dès ce début d’année une
clarification sur le mode de financement du
plan d’investissement. Quel pouvoir de
négociation l’entreprise a-t-elle vis-à-vis
des banques ?
Vérifier que l’entreprise ne met pas
tranquillement les gens dehors par le biais
de diverses pressions et ne fait pas un
plan social non déclaré. Demander régulièrement
les effectifs CDI ainsi que les volumes de
contrats précaires (intérim, CDD et salariés
mis à disposition). À noter que cette information
est déjà obligatoire chaque trimestre dans les
entreprises de plus de 300 salariés.
Et ainsi regarder l’évolution des effectifs,
clarifier le remplacement ou pas, et sous quel
type de contrat, des personnes ayant
quitté l’entreprise.
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Savoir lire entre les lignes du motif
économique pour licenciement collectif.
Un motif économique peut toujours en
cacher d’autres. Les entreprises avancent une
ou plusieurs raisons économiques pour
des suppressions d’emplois. La défense de ces
derniers passe alors par un certain type de
contre-arguments. Mais est-ce que tous les
emplois supprimés relèvent vraiment des seuls
motifs économiques invoqués ?
L’exemple le plus courant concerne les effets
en cascade d’une cession d’activité.
L’entreprise argumente sur les raisons
économiques de cette décision et déclare
autant de suppressions de postes que de
salariés dans cette activité. Sauf qu’elle va y
ajouter par exemple des postes de
commerciaux, des postes de logistique,
des postes à la comptabilité clients, etc. sous
le prétexte d’une baisse proportionnelle liée à
l’arrêt de la dite activité. Or cet effet en
cascade n’est jamais vraiment clarifié et
démontré. L’entreprise fait des gains de
productivité et profite de la « charrette ».
C’est un effet d’opportunité, mais le motif
économique n’y est pas. La sauvegarde
de ces postes passe donc par la mise à nue
du tour de passe-passe.
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Avoir les bons réflexes.
Dans les entreprises utilisant un volant
important d’intérimaires, il faut suivre
rigoureusement l’évolution de leur effectif
mensuel. Un emploi d’intérim supprimé, c’est
un emploi en moins… Mais, par ailleurs,
l’entreprise commence toujours par réduire
ce recours extérieur avant celui des CDI.
La rapidité et l’ampleur de la réduction de
l’intérim sera donc le clignotant d’une baisse
substantielle de l’activité. S’enquérir de cette
évolution peut être un moyen d’anticiper sur
l’étape suivante. Même chose pour les CDD
quand ceux-ci sont en nombre et ne sont pas
de simples remplacements ponctuels.
Autre piste : mesurer les éventuelles
difficultés de trésorerie de l’entreprise. Pour
ce faire, demander une fois par trimestre l’état
des dettes avec les organismes sociaux, car il s’agit
toujours d’un bon indicateur des tensions
financières. À noter que cette information
trimestrielle est de toute manière obligatoire dans
les entreprises de plus de 300 salariés. Ce qui
n’empêche pas les CE des plus petites entreprises
d’obtenir cette information au regard de la gravité
du moment.
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Se faire aider le plus tôt possible
par un expert.
L’expert compétent est normalement à même de
regarder tout cela et de questionner la direction
de l’entreprise sur l’avenir de celle-ci. Il doit
donner aux CE, une analyse détaillée permettant à
celui-ci d’anticiper et de construire sa contrecommunication
en direction des salariés.
La mission d’analyse des comptes - dont le
rendu peut se faire en mai ou juin pour des
entreprises clôturant leurs comptes
au 31 décembre - est un bon moyen d’aborder
toutes ces questions.
Il peut aussi être utile de mandater l’expert du
CE sur un droit d’alerte (fondé sur quelques
questions clefs) afin d’obtenir quelques
clarifications dans l’urgence. Encore faut-il être
prudent : le CE n’a le droit de se faire assister par
un expert sur un droit d’alerte qu’une fois par an.
Ce recours peut être plus utile en septembre ou
octobre sur la base des résultats du 1er semestre.
Surtout, ne pas laisser le temps s’écouler, ne pas
vivre de la rumeur interne. Ne pas oublier de
nommer un expert dès la première réunion
d’information-consultation sur un licenciement
collectif. L’expert est là pour épauler le CE et
pour décrypter l’ensemble des informations
fournies par la direction. Il peut donc aider le CE
dans l’application de ses droits.
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