L'actu sociale

Le fil de l'actualité sociale en direct des centrales syndicales
Retrouvez dans cette rubrique les communiqués de presse et les informations en provenance des syndicats. Cet espace diffuse en temps réel les prises de positions et les réactions envoyées par toutes les organisations. Les opinions émises dans ces articles n'engagent pas Apex.
 

L'invité

François Hommeril

Ingénieur chez Rio Tinto (ex Péchiney) et secrétaire national de la confédération CFE-CGC

De Pechiney à Rio Tinto : chronique d’une mort annoncée...

 
Face à la crise : six conseils pour les CE
24/03/2009
La crise est d’une considérable ampleur. Comment s’en défendre ? Comment résister au rouleau compresseur ? Comment ne pas tomber dans certains pièges ? Si chaque restructuration aura évidemment ses spécificités auxquelles les élus devront savoir répondre, certains aspects se retrouveront fréquemment.

 

  1. Ne pas tomber dans le piège de « la crise frappe tout le monde de la même manière ». Les directions d’entreprise vont plaider le catastrophisme. La crise va être dépeinte comme un tsunami imposant à tous les mêmes refuges et la même prudence. On entend déjà dire que c’est une terrible tempête dans laquelle, pour survivre, il faudra bien « réduire la voilure ». A la vérité, si c’est une tempête… c’est aussi une régate ! En d’autres termes, dans la crise les entreprises restent plus que jamais dans une relation de concurrence exacerbée. Et beaucoup d’entre elles - parmi les plus grandes - vont chercher à profiter de cette crise pour sortir en tête de cette régate par forte tempête. La crise n’arrête pas les lois de la concurrence, au contraire. Aussi faut-il prendre grand soin à débusquer ce qui va relever de restructurations offensives : réduire les charges, obtenir des gains de productivité et licencier afin de mener des politiques de prix agressives permettant de prendre des parts de marchés aux concurrents. Cela consistera à doubler la mise sociale pour, en quelque sorte, « capitaliser » la crise à son profit après avoir souvent confectionné des plans sociaux a minima pour cause de grand malheur économique. Cet aspect-là d’une restructuration doit être analysée et combattue de manière spécifique.
  2. Interpeller l’entreprise sur l’appétit maintenu des actionnaires. La récession s’est annoncée dès juin 2008 avant même le dérèglement mondial du système financier. Les sociétés cotées n’en ont pas moins poursuivi leurs politiques de rachats d’actions… En 2009, la crise est avérée et s’annonce comme très longue. La majorité des entreprises annoncent une année catastrophique avec des chiffres d’affaires en baisse de 8 % ou 10 %, voire plus. Personne n’envisage de retour à la situation antérieure avant 2011 ou 2012. Dans cette situation, la plus grande prudence devrait être de mise en matière de réserves financières. Si beaucoup de groupes cotés annoncent des politiques privilégiant la sauvegarde, voire le renforcement, des ressources financières (le cash flow), la question qui en découle est « pour faire quoi ? ». Pour défendre le niveau de dividende par action ou pour investir et maintenir une politique sociale digne ce nom ? Le dividende distribué en 2009 le sera sur la base des résultats 2008. Prétendre que ces derniers sont restés d’un bon niveau afin de poursuivre les politiques antérieures de ponction financière est d’autant plus scandaleux que tout le monde sait maintenant de quoi seront faites les deux prochaines années. Procéder à des diminutions massives d’effectifs tout en gardant le cap du dividende, c’est exactement poursuivre les mêmes politiques du passé : tout pour la sphère financière et le moins possible pour les salariés. C’est la même folie destructrice qui risque ainsi de se poursuivre. Mettre cela en exergue dans les entreprises concernées, c’est aussi faire barrage aux licenciements qui auraient cela comme principale motivation.
  3. Avoir la plus grande vigilance sur le niveau d’activité. Les entreprises présentent leurs perspectives. Elles actualisent leurs budgets au regard de la conjoncture et des carnets de commandes. Elles annoncent un certain nombre de décisions financières, économiques et sociales. Les instances représentatives doivent avoir un point de vue indépendant sur ces projections. Pour cela, que peuvent-elles exiger comme informations ? Demander à chaque réunion de CE si l’entreprise est en ligne ou pas avec la prévision initiale d’activité, notamment celle qui a pu être inscrite dans le budget. Si ce n’est pas le cas, en réclamer les raisons et en demander l’évaluation. De la même manière, dans les entreprises disposant d’un carnet de commande, demander à en suivre l’évolution mensuelle au regard de son équivalent en 2007 et 2008. Dans les entreprises pluriactivités ou disposant de plusieurs établissements, exiger le suivi des carnets de commande et de leur charge à venir. S’intéresser à la situation des plus gros fournisseurs et surtout des plus gros clients. La faillite d’un fournisseur important et a fortiori celle d’un client pouvant avoir des conséquences quasi immédiates sur l’activité de l’entreprise. Cela est très important dans le cas de PME ou de sites spécialisés. Demander dès ce début d’année une clarification sur le mode de financement du plan d’investissement. Quel pouvoir de négociation l’entreprise a-t-elle vis-à-vis des banques ? Vérifier que l’entreprise ne met pas tranquillement les gens dehors par le biais de diverses pressions et ne fait pas un plan social non déclaré. Demander régulièrement les effectifs CDI ainsi que les volumes de contrats précaires (intérim, CDD et salariés mis à disposition). À noter que cette information est déjà obligatoire chaque trimestre dans les entreprises de plus de 300 salariés. Et ainsi regarder l’évolution des effectifs, clarifier le remplacement ou pas, et sous quel type de contrat, des personnes ayant quitté l’entreprise.
  4. Savoir lire entre les lignes du motif économique pour licenciement collectif. Un motif économique peut toujours en cacher d’autres. Les entreprises avancent une ou plusieurs raisons économiques pour des suppressions d’emplois. La défense de ces derniers passe alors par un certain type de contre-arguments. Mais est-ce que tous les emplois supprimés relèvent vraiment des seuls motifs économiques invoqués ? L’exemple le plus courant concerne les effets en cascade d’une cession d’activité. L’entreprise argumente sur les raisons économiques de cette décision et déclare autant de suppressions de postes que de salariés dans cette activité. Sauf qu’elle va y ajouter par exemple des postes de commerciaux, des postes de logistique, des postes à la comptabilité clients, etc. sous le prétexte d’une baisse proportionnelle liée à l’arrêt de la dite activité. Or cet effet en cascade n’est jamais vraiment clarifié et démontré. L’entreprise fait des gains de productivité et profite de la « charrette ». C’est un effet d’opportunité, mais le motif économique n’y est pas. La sauvegarde de ces postes passe donc par la mise à nue du tour de passe-passe.
  5. Avoir les bons réflexes. Dans les entreprises utilisant un volant important d’intérimaires, il faut suivre rigoureusement l’évolution de leur effectif mensuel. Un emploi d’intérim supprimé, c’est un emploi en moins… Mais, par ailleurs, l’entreprise commence toujours par réduire ce recours extérieur avant celui des CDI. La rapidité et l’ampleur de la réduction de l’intérim sera donc le clignotant d’une baisse substantielle de l’activité. S’enquérir de cette évolution peut être un moyen d’anticiper sur l’étape suivante. Même chose pour les CDD quand ceux-ci sont en nombre et ne sont pas de simples remplacements ponctuels. Autre piste : mesurer les éventuelles difficultés de trésorerie de l’entreprise. Pour ce faire, demander une fois par trimestre l’état des dettes avec les organismes sociaux, car il s’agit toujours d’un bon indicateur des tensions financières. À noter que cette information trimestrielle est de toute manière obligatoire dans les entreprises de plus de 300 salariés. Ce qui n’empêche pas les CE des plus petites entreprises d’obtenir cette information au regard de la gravité du moment.
  6. Se faire aider le plus tôt possible par un expert. L’expert compétent est normalement à même de regarder tout cela et de questionner la direction de l’entreprise sur l’avenir de celle-ci. Il doit donner aux CE, une analyse détaillée permettant à celui-ci d’anticiper et de construire sa contrecommunication en direction des salariés. La mission d’analyse des comptes - dont le rendu peut se faire en mai ou juin pour des entreprises clôturant leurs comptes au 31 décembre - est un bon moyen d’aborder toutes ces questions. Il peut aussi être utile de mandater l’expert du CE sur un droit d’alerte (fondé sur quelques questions clefs) afin d’obtenir quelques clarifications dans l’urgence. Encore faut-il être prudent : le CE n’a le droit de se faire assister par un expert sur un droit d’alerte qu’une fois par an. Ce recours peut être plus utile en septembre ou octobre sur la base des résultats du 1er semestre. Surtout, ne pas laisser le temps s’écouler, ne pas vivre de la rumeur interne. Ne pas oublier de nommer un expert dès la première réunion d’information-consultation sur un licenciement collectif. L’expert est là pour épauler le CE et pour décrypter l’ensemble des informations fournies par la direction. Il peut donc aider le CE dans l’application de ses droits.