L'actu sociale

Le fil de l'actualité sociale en direct des centrales syndicales
Retrouvez dans cette rubrique les communiqués de presse et les informations en provenance des syndicats. Cet espace diffuse en temps réel les prises de positions et les réactions envoyées par toutes les organisations. Les opinions émises dans ces articles n'engagent pas Apex.
 

L'invité

Vincent Drezet

Secrétaire Général du Syndicat National Unifié des Impôts (SNUI)
"L'harmonisation fiscale européenne pour sortir de la crise"

 
Fiasco de l’Europe libérale
18/11/2011
Si ce n’était que l’impéritie de la Grèce, au vu de la taille modeste de cette économie (2% du PIB européen) l’affaire aurait pu se régler très vite et sans grand choc financier. Mais, la dette grecque n’a pas cessé d’augmenter depuis 2009 du fait d’une économie étranglée par des taux d’intérêt croissants et par des plans d’austérité de plus en plus durs. Dans ces conditions, elle ne pouvait pas être remboursée !

Aujourd’hui, il est question d’effacer 50% de celle-ci, mais pourquoi ne l’a-t-on pas totalement effacé il y a deux ans avant qu’il ne soit trop tard ? La raison tient au fait que nous assistons tout bonnement à l’affaissement d’une certaine construction européenne et de son système financier et monétaire, après trente ans de politique libérale et de décisions politiques et idéologiques.

Une Europe que l’on a d’abord construite comme une zone de libre-échange, comme un espace déréglementé de mise en valeur des capitaux et de mise en concurrence des « facteurs de compétitivité ». La monnaie unique est venue couronner le tout pour supprimer les effets de change et exercer du coup une pression permanente sur les différentiels de compétitivité…Ceux qui nous ont fait le coup, il y a quelques mois, du manque de compétitivité de la France par rapport à l’Allemagne, font mine de découvrir que la faible productivité de l’économie grecque est incompatible avec les contraintes budgétaires de la zone euro ! Si cela a été négligé en son temps, c’est parce que le rôle attribué à cette construction particulière de l’Europe était d’ouvrir le plus grand espace possible de circulation des capitaux et de mise en concurrence. Le reste « viendrait après ». Cette Europe-là, voulue, décidée, orchestrée depuis 25 ans (contre toutes les objections) craque maintenant sous ses contradictions.

Un espace économique dont le seul instrument est la concurrence

Aujourd’hui, les architectes de cette Europe libérale exigent, en chœur, plus de cohésion budgétaire entre les Etats membres. Les dogmes du départ se fissurent de partout mais ne sont pas fondamentalement remis en question. Toujours pas de convergence fiscale sur les bénéfices des entreprises, toujours pas de grand projet de convergence sociale. Par contre, ils ne veulent plus « voir qu’une seule tête » en ce qui concerne l’égalité des recettes et des dépenses, Etat par Etat. Mais, comment peut-on imposer pareille règle au sein d’un espace où s’agglomèrent des pays à forte disparité de productivité ? La contrainte du « zéro déficit public» partout et surtout pays par pays (la fameuse règle d’or) est destructrice.

C’est exactement l’inverse qu’il faudrait faire, mais c’est alors la nature même de l’Union européenne qu’il faudrait changer. Considérer la zone euro comme un espace unique de développement économique et social et non comme un espace privilégié de guerre concurrentielle. Revoir les fonctions de la Banque centrale européenne et lui permettre d’être vis-à-vis des Etats et de l’Union un vrai « prêteur en dernier ressort », ce qu’elle n’a pas le droit actuellement de faire. En finir, par conséquent, avec la loi qui impose aux Etat d’emprunter sur le marché privé. Développer des politiques fiscales qui stoppent, à la source, l’évaporation d’une partie importante des profits et des liquidités dans la finance spéculative. Construire un système bancaire public dont la fonction est de prêter et non de spéculer. Etc.

L’Europe, première puissance économique mondiale, est en mesure de construire son propre modèle économique, financier et social et de faire obstacle aux sanctions possibles des marchés financiers.

Mais si ces derniers ont tant de poids aujourd’hui, c’est notamment parce que les Etats leur ont ouvert la voix depuis longtemps par mille et une mesures. En France l’amorce de la dérégulation des marchés financiers date de 1986 avec le livre blanc sur « La réforme du financement de l’économie ». L’Union européenne est la seule zone économique qui institutionnalise, à ce niveau, des dogmes économiques : non pas simplement une économie de marché mais un espace économique dont la concurrence est le seul instrument. Nous avons vécu jusqu’à présent sous l’emprise d’une Europe permettant la libre circulation des capitaux et « la concurrence libre et non faussée », en voici la note à payer !