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Secrétaire du comité de Groupe Saint-Gobain
Des milliers d’emplois sacrifiés sur l’autel du profit
Le Groupe Saint-Gobain dit vouloir réaliser de très importantes économies, y compris par la suppression de milliers d’emplois au niveau mondial. Comment s’annonce le bilan 2008 et est-ce que cela justifie les mesures annoncées ?
En 2008 le groupe Saint-Gobain a dégagé un bénéfice net d’1,914 milliard d’euros qui a généré des dividendes à hauteur de 378 millions d’euros pour les actionnaires du groupe. En 2004, le bénéfice net se montait à 1,1 milliard d’euros. En l’espace de 4 ans, il a donc doublé. Pour le Groupe, l’année 2008 qui s’est jouée pourtant sur fond de crise économique, notamment dans plusieurs des secteurs d’activité sur lequel nous sommes présents, est donc exceptionnelle. Paradoxalement, malgré ces bénéfices records qui auraient pu être réinvestis pour pérenniser l’entreprise et profiter directement aux salariés, la direction a annoncé qu’elle avait supprimé, en 2008, 8 000 emplois dans le monde, soit 4 000 de plus que ce qui avait été annoncé en juillet 2008. Plus le groupe s’enrichit, plus les salariés et l’emploi s’appauvrissent. Cette équation est pour nous inacceptable.
Pensez-vous que l’entrée de Wendel comme premier actionnaire a modifié la stratégie de Saint-Gobain ?
Oui, j’en suis convaincu, mais ce n’est pas la seule raison. En septembre 2007, le fonds d’investissement Wendel est devenu le principal actionnaire du groupe Saint-Gobain. Dans le même temps, un plan de réduction massif des coûts de 300 millions d’euros a été lancé par la direction sur lequel Wendel a surenchéri annonçant qu’il fallait aller plus loin et que le milliard pouvait être atteint. Cette mesure significative qui s’est accompagnée de réduction des effectifs partout dans le monde et notamment en Espagne, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, traduit bien les nouvelles orientations du Groupe dont la logique répond avant tout à une stratégie financière plus qu’industrielle. Près de deux ans plus tard, dans le contexte de crise économique sans précédent que nous connaissons, le poids du contrôle de la sphère financière sur la stratégie du groupe n’a fait que se renforcer. Les profits des actionnaires sont plus que jamais la priorité du groupe Saint-Gobain au détriment des emplois et des salariés dont la situation est chaque jour plus précaire et l’avenir de mois en mois incertain. Mi-février la direction a de nouveau annoncé des mesures drastiques de réduction des coûts de l’ordre de 600 millions alors qu’en juillet 2008 elle ne prévoyait que 180 millions d’euros d’économies, soit près de trois fois moins. Outre la capacité d’investissement du groupe qui se trouve réduite dans des proportions considérables : 25% en 2009 soit 500 millions d’euros de moins réinvestis, ce sont les emplois dans toutes les zones géographiques où le groupe est présent qui sont de nouveau directement touchés par ces coupes sombres. Encore une fois, Ces choix ne sont pas acceptables.
L’arbitrage entre salariés et actionnaires continue de se faire au profit des seconds. Que pensez-vous pouvoir entreprendre dans les prochains mois pour faire entendre la voix des premiers ?
La situation du Groupe ne justifie pas le plan de réduction des coûts et des emplois. La crise n’est pas une fatalité et nous ne sommes pas condamnés à constater les dégâts. Notre volonté est d’agir et de proposer d’autres choix car il existe des alternatives. C’est pourquoi, avec les salariés, nous réclamons la mise en œuvre d’un véritable projet industriel qui garantisse l’avenir et la pérennité des emplois au sein de Saint-Gobain. Nos exigences sont claires et précises. Il faut mettre fin au plan de réduction des effectifs annoncés, mettre à profit le ralentissement de certaines activités en lançant des plans de formation ambitieux, réinvestir une partie des profits dans l’innovation et la recherche, abandonner le projet de vente du conditionnement et enfin déployer des moyens ambitieux pour améliorer les salaires et sauvegarder les emplois menacés. C’est dans ce sens que les organisations syndicales ont appelé l’ensemble des salariés du Groupe à marquer leur opposition en participant massivement à la journée nationale interprofessionnelle de grève et de manifestation du 19 mars prochain.
Une partie des salariés détient des actions du Groupe. Adoptent-ils pour autant le point de vue de la direction en matière de défense du titre et de versement de dividendes ?
Bien que deuxième actionnaire du Groupe Saint-Gobain après Wendel, l’actionnariat salarié reste minoritaire. Il est détenu par 9 à 10% de salariés actifs et retraités. Environ 80 000 personnes seraient donc détentrices d’actions Saint-Gobain. Avant l’effondrement du cours de l’action, la question de l’épargne salariale était et reste pour moi un miroir aux alouettes. Je considère que les vrais problèmes et notre action sont ailleurs et que les choix stratégiques qui sont faits aujourd’hui et qui consistent à privilégier le profit à tout prix au détriment des salariés et de l’emploi sont plus de la volonté, des choix et de la responsabilité des actionnaires qui siègent au conseil d’administration du Groupe que de celle des salariés actionnaires qui n’ont pas de réel pouvoir décisionnaire. Il faut savoir que seul un représentant des salariés, désigné par le conseil de surveillance (lui-même constitué de 5 à 6 salariés actionnaires), est autorisé à siéger au conseil d’administration. Ces représentants sont issus de listes cadres indépendantes. Une donne qui pourrait peut-être changer à l’occasion des prochaines élections au Conseil de Surveillance du Plan Epargne Groupe, puisqu’il est question qu’une liste commune aux organisations syndicales soit présentée. La question est en débat. Cette réorganisation, si elle se mettait en place, permettrait certainement aux salariés actionnaires du Plan Epargne Groupe d’être mieux représentés dans leur diversité au conseil d’administration du Groupe Saint-Gobain.
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