L'actu sociale

Le fil de l'actualité sociale en direct des centrales syndicales
Retrouvez dans cette rubrique les communiqués de presse et les informations en provenance des syndicats. Cet espace diffuse en temps réel les prises de positions et les réactions envoyées par toutes les organisations. Les opinions émises dans ces articles n'engagent pas Apex.
 

L'invité

François Hommeril

Ingénieur chez Rio Tinto (ex Péchiney) et secrétaire national de la confédération CFE-CGC

De Pechiney à Rio Tinto : chronique d’une mort annoncée...

 
La crise relance les opérations de fusion- absorption
02/02/2010
La crise ouvre de nouvelles opportunités pour les fusions-acquisitions à horizon 2011. Assez logiquement le système exploite sa logique de concentration du capital pour accélérer les économies de moyens. L’heure va donc être à nouveau aux grandes opérations stratégiques avec en bout de chaîne ses conséquences classiques en matière de restructuration et de réorganisation opérationnelle.Le moment est d’autant plus propice que les opérations de fusions et d’acquisitions avaient largement reculé dans la phase précédente de la récession (-50% en 2009 par rapport au record de 2007). Et que certaines entreprises restent sous-valorisées en Bourse.

La partie de Monopoly reprend 
Les premiers symptômes sont connus : rachat de ACS par Xerox pour plus de 6 Md$ ; rapprochement d’Abott et des activités pharmacie de Solvay ; rachat par Nestlé de l’activité pizzas surgelées de Kraft pour 3,7 Md$ et dans la foulée acquisition pour plus de 11 Md$ de Cadbury par Kraft deux géants de la confiserie mondiale ; prise de 25% des actifs gaz de l’américain Chesapeake par le français Total ; vente par Nestlé du contrôle de Alcon à Novartis, etc.
Les augmentations de capital ont parfois cette odeur de croissance externe d’autant que si la crise crée des vocations de prédateurs, elle créé aussi, pour d’autres, des obligations de cessions « sauve qui peut »… Les petits acteurs de niche sont alors susceptibles d’intéresser les mastodontes, comme dans l’assurance ou la pharmacie. Rien qu’en 2009, Sanofi-Aventis a acquis pour plus de 9 Md$ une dizaine de petits et moyens acteurs de par le monde.
Mais le principal indicateur ne va pas être quantitatif (nombre d’opérations et valeurs des transactions) mais plutôt celui de leur portée stratégique : changement substantiel des conditions concurrentielles (par exemple le rapprochement discuté entre British Airways et Iberia) ou changement d’échelle industrielle (par exemple le projet éventuel d’alliance entre Peugeot-Citroën et Mitsubishi).
La crise ne va donc pas simplement donner un second souffle aux concentrations de capital mais va également donner un élan à des réorganisations industrielles et stratégiques de très grande ampleur. Ce sont les modèles économiques qui vont bouger, y compris dans des secteurs à forte inertie comme le pétrole (restructuration de ses capacités de raffinage par le groupe Total). Dans ces grands groupes, la sortie de crise se joue sur un mode très offensif. A quel prix social ?

Le secteur du commerce en plein chambardement 

Les entreprises travaillant pour le marché final de la consommation vont être particulièrement concernées. Concentration bien sûr et plus forte centralisation des opérations commerciales et administratives, mais aussi repositionnement des prix de ventes. C’est que la crise sociale actuelle nécessite pour maintenir ses parts de marché d’offrir des entrées de gammes « compétitives », sans rogner sur les profits et les dividendes. C’est la tentation de la guerre des prix sans adopter l’image basique du hard discount en termes de qualité d’offre. Difficile exercice, mais qui commence toujours par le front social : réduction des effectifs, polyvalence large, gains de productivité, etc. Modèle commercial et modèle social bougent ensemble.
Le groupe Carrefour baisse ses coûts de 530 millions d’euros en 2009, Conforama entreprend une profonde restructuration opérationnelle de ses magasins, le groupe Galeries Lafayette continue à fermer des magasins BHV. Les exemples abondent. Les profits d’hier s’étant pour partie évaporés dans les dividendes, les tournants stratégiques se payent cash par les salariés, invités prestement à épouser les nouvelles stratégies commerciales. Même l'Oréal s’aventure sur le terrain de la baisse des prix de vente pour certaines de ses gammes en grande distribution. Tout un symbole. 
 

Carrefour, un bon exemple

Après l’époque des « conquêtes » voici venu le temps de la « performance » (dixit)« 2009 a été une année de transition, de préparation au changement au cours de laquelle nous avons identifié une stratégie. Je mets maintenant en place l’équipe la mieux à même de l’exécuter. Il ne vous a pas échappé que toute l’équipe française avait changé ces derniers mois (…) En outre c’est en France et dans le G4 (France, Espagne, Belgique, Italie - ndr) que les plus grands changements doivent être effectués (…) Cette nouvelle stratégie marque une vraie rupture ». (Lars Olofsson, patron de groupe Carrefour, dans LSA du 21 janvier 2010).