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Une crise financière dont les effets se mesurent en milliers de
milliards de dollars ! Une crise dont les effets en cascade sur le
crédit, la production et la demande finale des ménages sont, à ce jour,
non mesurables. Une crise qui dilapide en quelques semaines des
ressources incommensurables afin d’éponger les pertes de quelques
compagnies financières…
La crise n’est une surprise que pour ceux qui y ont contribué
Faussement candides, les gouvernements font mine de découvrir
l’imprévisible. Pourtant, tous les mécanismes de la crise actuelle
étaient connus :
• Un modèle de croissance à crédit aux Etats-Unis massivement financé par le reste de la planète.
• Une consommation américaine gonflée par un très haut niveau d’endettement des ménages.
• Le dopage du marché de l’immobilier par une politique de prêts hasardeux (subprimes) à des ménages peu solvables.
• La dispersion mondiale de ces créances douteuses dans des produits
financiers complexes ayant une valeur d’échange spéculative et
l’introduction de subprimes dans des SICAV d’obligations européennes peu risquées pour en doper les performances.
Mais comme le ridicule ne tue pas, ceux qui pendant des années ont
expliqué à leurs concitoyens que le marché était efficace par nature
partent soudainement en guerre contre les folies du système. Etonnante
métamorphose.
A les entendre, tout cela ne serait dû qu’à des excès. Excès de risque
spéculatif, excès d’exposition de quelques grandes banques d’affaires,
excès de valorisation des marchés d’actions… Mais, une fois ces
constats faits que reste-t-il du discours politique qui propose au
mieux d’encadrer, de corriger, de réguler, de re-re-réglementer et
parfois dans un accès d’audace de « punir les responsables » ?
Des effets d’estrade
Que dit
en substance le discours officiel : « Ce système, ce n’est pas
l’économie de marché » ; « Ce système en a trahi l’esprit » ; « Au
capitalisme financier il faut opposer le capitalisme des entrepreneurs»
; « Il faudra imposer aux banques de financer le développement
économique plutôt que la spéculation » ; « Les responsables de la crise
doivent être sanctionnés »… Comment se fait-il que ces paroles ne
soient pas crédibles ? Voici quelques explications.
La crise est la responsabilité d’un système
Les marchés financiers n’existent globalement que pour un objectif :
s’émanciper de l’économie réelle (industrie et services) pour dépasser
le taux de profit moyen. La concurrence se réalise par les taux de
profit et les vrais gagnants du système sont depuis très longtemps ceux
qui s’assurent un rendement supérieur à la moyenne.
Il ne s’agit pas d’un « dérapage » mais d’une logique interne, d’une
loi. Aucune règle prudentielle ni aucun contrôle ne mettront jamais à
l’abri de ces mécanismes de marché. Le « moins disant » réglementaire
l’emportera toujours. De nouveaux contrôles et de nouvelles contraintes
se verront à chaque fois contournés par de nouveaux produits et de
nouveaux montages, toujours plus complexes pour assurer aux plus
audacieux compétiteurs un profit « extra ». Ce n’est pas une question
de légalité, c’est une question de créativité des mécanismes du profit.
Ce ne peut pas être « le marché mondial sans cela », c’est obligatoirement « le marché mondial comme cela ».
Le vocabulaire financier anglo-saxon en est abondamment l’illustrateur : les fonds de Private Equity qui spéculent sur l’achat et la revente d’entreprises et remontent des rendements supérieurs à 15%, les Dark Pools,
plateformes boursières alternatives qui permettent aux gros
investisseurs d’acheter des blocs d’actions sans avoir à les déclarer
de suite aux institutions de contrôle ou encore les fameux Hedge Funds,
fonds d’investissement très spéculatifs mais à haut risque qui gèrent
aujourd’hui un total de 2.250 milliards de dollars et dont les sièges
sociaux sont pour 70% des cas dans des paradis fiscaux.
Le capitalisme d’entrepreneurs est une relique
L’économie mondiale (et donc française) est dominée depuis des
décennies par la finance. La « vision » d’un capitalisme d’entrepreneur
nous ferait remonter au XIXème siècle. Et rien n’annonce son retour
triomphant, en raison de la concentration des actifs chaque jour plus
importante et la domination totale des grands groupes sur les PME
sous-traitantes. Qu’il nous soit donc permis d’ironiser : le président
de la République ne passe pas ses vacances dans le cabanon de Jacques
B. transporteur à Martigues ni sur la barque de Bernard M. patron du
bâtiment à Morlaix, pourtant tous deux dignes héritiers du «
capitalisme d’entrepreneurs ». Bolloré, Pinault, Arnault, Lagardère,
Bouygues ne sont pas des « entrepreneurs », ce sont des holdings
spéculant sur leurs portefeuilles d’actifs et plaçant d’importantes
liquidités dans divers comptes off shore et fonds d’investissements.
Les banques sont des entreprises… privées
Les règles prudentielles concernant les encours et les fonds propres
des banques ne modifient pas leurs statuts d’entreprises privées. Elles
doivent remonter du résultat pour garantir quantité de produits
financiers et servir un dividende à leurs actionnaires. Il faut un
certain toupet, du haut de certaines responsabilités de l’Etat, pour
leur reprocher de spéculer au lieu de financer l’économie. Qui les a
privatisées, en socialisant parfois leurs pertes (Crédit Lyonnais) ?
Qui a renoncé à toute politique industrielle sous prétexte de tourner
le dos à une économie administrée ? Qui a poussé au développement d’une
épargne spéculative pour des retraites par capitalisation et offert
ainsi aux banques une marge supplémentaire ? Qui a déréglementé les
marchés financiers ? L’arroseur finit toujours par être arrosé, voilà
tout.
Qui sera puni ?
« Les responsables seront sanctionnés » annonce-t-on aux citoyens. Qui
? Les dirigeants de tous les organismes financiers ayant participé à la
diffusion mondiale des subprimes ?
Les dirigeants américains et ceux de la Banque centrale des Etats-Unis
pour avoir laissé faire ? Tous les gouvernements européens pour avoir
autorisé la déréglementation des marchés financiers ? Les autorités
européennes pour avoir accepté les nouvelles normes comptables IFRS qui
amplifient l’instabilité de valeur des actifs ? Ou même Jacques Attali
et toute sa commission pour avoir développé dans leur rapport (approuvé
par le chef de l’Etat) un long chapitre intitulé « Faire de Paris une
place financière majeure » et fait la proposition n°103 : « Modifier la
composition des associations, des commissions et des collèges de
régulateurs, pour que les champions de la finance, toutes classes
d’actifs confondues, puissent s’exprimer et influencer la position du
Haut Comité de place » ? Ah les champions de la finance !!
Au petit jeu « c’est pas moi, c’est lui » il doit être encore possible
de trouver quelques milliers de responsables politiques ayant participé
directement à la grande vague de déréglementation financière des
vingt-cinq dernières années. Finalement qui va punir qui ?
Tant de bruit pour cela ?
Les
responsables ont effacé leurs noms. Les Pouvoirs publics français,
européens, américains s’effacent désormais derrière la responsabilité
des « marchés » ; ces « marchés » qui sont eux-mêmes un non-dit des
grandes multinationales et des grandes fortunes.
Les discours officiels sur la crise sont tenus par ceux qui y ont très
largement contribué. Il faut donc s’attendre à ce qu’ils aboutissent
dans les faits à une triste platitude. Le 16 septembre, la ministre
française de l’Economie proposait audacieusement la « mise en place
des mécanismes permettant aux marché de ne pas être gravement
désordonnés » (Les Echos, 16 septembre) et son collègue allemand veut « reciviliser les marchés financiers » (Les Echos,
26 septembre). Quant au ministre américain des Finances, il précisait
dès mars 2008 que « La réglementation doit rattraper l’innovation et
contribuer à restaurer la confiance des investisseurs, mais il ne faut
pas aller trop loin et créer de nouveaux problèmes, et risquer ainsi de
rendre les marchés moins efficaces » (Les Echos, 14 & 15 mars).
Ces mêmes discours « fracassants » ont été tenus au moment des crises
de 1988, 1994 et 2000. Avec les effets que l’on constate aujourd’hui.
Quand bien même verrions-nous un vrai-faux retour du contrôle, qu’il
nous soit permis de rappeler ceci. A force de vouloir « libérer » le
travail pour fabriquer de la croissance, on fait bouger la ligne de
partage entre salaires et profits. A force de vouloir abaisser le coût
du travail on génère un profit qui ne se réinvestit pas faute de
débouchés. C’est ce qui s’est passé depuis le début des années 80,
alors même que l’investissement progressait peu. La phrase d’un Premier
ministre allemand des années 80 – « Les profits d'aujourd'hui sont les
investissements de demain et les emplois d'après-demain » – s’est
avérée être une énorme tromperie. Ces profits arrachés au pouvoir
d’achat sont venus logiquement gonfler l’économie financière et la
spéculation. En 1982, les dividendes nets versés représentaient en
France 3,2% de la valeur ajoutée; en 2007, cette part était de 8,1%.
Durant la même période le taux d’investissement est resté stable autour
de 20%.
Faire croire que les Pouvoirs publics seraient étrangers à ce transfert
de richesse vers la sphère financière est un pur et gros mensonge. Il
est donc particulièrement déplacé de déclarer dans un même discours que
l’on va s’attaquer aux racines de la crise financière et poursuivre la
même politique sociale libérale.
Les promesses n’engagent que ceux qui y croient
Nous
allons voir fleurir toutes sortes d’incantations mélancoliques sur le
thème de la « transparence des marchés». Plus de transparence ? Chiche
! Ce genre de propos n’engage en fait à rien compte tenu des mécanismes
génétiques de l’industrie financière actuelle. C’est comme si l’on
demandait à des professionnels du poker de jouer avec toutes leurs
cartes retournées sur la table. Le poker n’existe qu’avec le secret et
le bluff.
L’Etat promet de garantir tous les dépôts. Chiche ! Mais, tout dépend
du risque de réaction en chaîne. Rien n’indique a priori que l’Etat
soit capable de s’interposer en cas de crise générale du système
bancaire.
Par contre, les Pouvoirs publics s’arrangent de toute situation. La
politique sociale va s’aggraver, c’est d’ores et déjà annoncé. En
s’exonérant des causes de la crise actuelle, ils s’apprêtent à plaider
non coupables pour la hausse du chômage, pour les restructurations,
pour le recul du pouvoir d’achat.
On mesure alors le ridicule : prétendre sortir quelques instants de la
doctrine économique libérale tout en réaffirmant solennellement qu’on
maintiendra toutes les politiques sociales du libéralisme.
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