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Si l’Union européenne craque pour n’avoir été finalement qu’une simple zone de mise en concurrence, cela ne gêne pas le patronat français qui en profite pour « en remettre une couche » et exiger encore plus de reculs sociaux pour que, selon lui, la France gagne en « compétitivité » : déréglementation accrue du temps de travail, baisse du coût du travail, demande d’une TVA sociale pour alléger les charges…
Notons que cette nouvelle offensive sociale émane de l’Association Française des Entreprises Privées (AFEP), c’est-à-dire du club des plus grands groupes exerçant des activités en France (dont la plupart des sociétés du CAC 40, mais aussi Nestlé, IBM, Siemens..). Étonnant en effet, quand on sait que ces grandes entreprises ont moins de 35% de leurs effectifs en France et que leur compétitivité se joue plus niveau du monde que dans le seul hexagone. Personne n’avait d’ailleurs remarqué qu’elles avaient tellement souffert de la crise, au vu des dividendes versés depuis 2008.
Sottise ou cynisme ?
On aurait pu rêver d’un patronat pleinement lucide sur les racines de la crise, rompant avec la vision ultra-libérale de l’Union européenne et prenant conscience des effets désastreux qu’ont eu les politiques socialement régressives mises en œuvre dans chaque pays. C’est sans doute consternant. Mais cela montre surtout que l’obsession du profit fait table rase de toute rationalité.
Alors que ce qui nous arrive découle d’une construction libérale par laquelle les droits du capital ont rongé les acquis du travail, le patronat réclame une prolongation, sans doute ad vitam aeternam, du processus de déréglementation sociale. Au nom de quoi ? Au nom, parait-il, de la compétitivité… de la France ! Et voilà que les plus grosses sociétés, qui œuvrent en permanence pour leur mondialisation, nous font soudain le coup de la « défense du maillot ». Mais elles mentent ! Car elles réclament les mêmes choses en Italie, en Espagne et ailleurs. Pour ces grands groupes, il y aura toujours quelque part un pays moins-disant socialement sur lequel s’aligner.
Abaisser le coût du travail pour sortir de la crise… mais sur la base de quelle référence de marché ? Le coût allemand ? Le coût irlandais ? Le coût chinois ? Même en se situant au sein de la seule Europe, c’est une spirale sans fin qui nous conduit au désastre. Or, cette lumineuse idée n’émane pas d’un petit syndicat de PME au bord du dépôt de bilan mais d’entreprises représentant plus de 1.000 milliards de capitalisation boursière. Contre-sens économique ? Peut-être. Cynisme à coup sûr.
Car, l’AFEP qui se préoccupe tant des effets de marché du coût du travail en France, n’a pas hésité, par la voix de son président, à déclarer en juin de cette année à propos du niveau de rémunération des patrons, n’être : «pas du tout favorable à l'idée qu'on décide ce que doivent être les rémunérations des uns ou des autres (…) Les entreprises doivent décider par elles-mêmes quelle doit être la rémunération des différents cadres de l'entreprise ». On voit le peu d’intérêt que ces gens portent à toute éthique sociale. D’un côté, la pression constante sur les coûts du travail, de l’autre la joyeuse liberté de s’arranger ente amis quand il s’agit de « sa » rémunération.
Pour quelques points de marge
Plutôt que de reconnaître que la crise européenne actuelle est produite par la réaction en chaîne de toutes les mises en concurrences nationales – très loin de ce qu’aurait dû être une Union économique socialement responsable – les « grands patrons » y voient une opportunité supplémentaire d’enfoncer le canif dans le plaie. « La situation économique est suffisamment préoccupante pour que chacun apporte sa contribution » déclare l’AFEP. Et sa valeureuse « contribution » consiste à vouloir continuer comme avant, comme si rien ne s’était passé. C’en est presque obscène.
Dans l’industrie - face à l’Allemagne - ce n’est pas le coût du travail qui est l’arbitre. Ce n’est pas cet éventuel différentiel (depuis quelques années seulement) qui explique que la France a perdu un tiers de ses parts de marché à l’exportation, quand l’Allemagne a maintenu les siennes. C’est plutôt du côté des stratégies d’investissement, de la qualité des gammes, des retards en recherche et développement, des priorités données aux services, par les investisseurs français parce qu'ils immobilisent moins de capital. Et puis il y aura ensuite la différence de coûts avec l’Italie, puis l’Espagne, la Grande-Bretagne, la Tchéquie, la Pologne... Pourquoi s’arrêter, puisque c’est ainsi qu’a été conçue l’Union européenne ?
Mais, tout cela ne compte pas pour l’AFEP. Qu’importe si de telles politiques alimentent inexorablement le feu de la crise. L’important n’est-il pas de grappiller quelques dixièmes de point de marge en France, et sans doute ailleurs avec le même discours.
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