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Retrouvez dans cette rubrique les communiqués de presse et les informations en provenance des syndicats. Cet espace diffuse en temps réel les prises de positions et les réactions envoyées par toutes les organisations. Les opinions émises dans ces articles n'engagent pas Apex.
 
Patrice Taiclet
25/06/2009

Délégué syndical Sud Michelin

Michelin : fermeture d’usine et licenciements programmés…

Michelin vient d’annoncer un plan de réorganisation prévoyant la suppression de 1 093 postes, dès 2010, et la fermeture de l’usine de Noyelles tout en promettant qu’il n’y aurait «aucun licenciement» ? Ce scénario est-il crédible ?
La direction du groupe Michelin évoque officiellement un "plan de départs volontaires dans toute la France sur trois ans (2010-2012) pour 1 800 salariés" et annonce qu’il procédera à des reclassements internes, notamment pour les salariés de l’usine de Noyelles-lès-Seclin près de Lille qui doit fermer ses portes. En contrepartie, les 276 salariés du site se verraient proposer un poste à Clermont-Ferrand, où serait regroupée l'activité des pneus “très haut de gamme”. Mais en réalité ces annonces ne sont que la partie visible de l’iceberg. Sous couvert de restructurations, la direction, contrairement à ce qu’elle prétend, prépare la mise en œuvre d’un vaste plan social avec à la clé des milliers de licenciements. Selon nos évaluations, près de 3 000 emplois pourraient être supprimés d’ici à la fin 2011. Trois sites seront particulièrement touchés. Celui de Tours ou 340 emplois sur 1248 seraient supprimés, celui de Montceau-les-Mines (477 emplois supprimés sur 1383) et enfin celui de Lille (SODEMECA) où 276 emplois sont directement menacés du fait de la fermeture du site à horizon 2010.

Dans quel contexte économique intervient cette annonce pour Michelin et quelles sont les raisons invoquées par la direction pour motiver ces restructurations ?
En cinq ans, l’entreprise a réalisé trois milliards d’euros de bénéfices. En l’espace de trois ans, le groupe a investi 1 milliard d’euros pour la création d’une usine en Inde, 50 millions d’euros sur le site de Montceau (génie civil) et 15 millions d’euros sur le site de Tours (poids lourds). Récemment, la direction annonçait qu’elle était prête à investir plus de 100 millions d'euros dans son centre mondial de recherches et développement de Clermont-Ferrand où travaillent 11 800 personnes. Mais ces investissements interviennent dans un contexte particulièrement difficile sur le plan économique, avec un marché fortement touché par la crise et en très nette régression. En France, la production de pneumatiques a plongé de 25% au premier trimestre 2009. Aujourd'hui, les usines Michelin tournent à 50% de leurs capacités avec pour conséquence la mise au chômage partiel de près de 4 000 salariés. On se rend compte que rien n’a été fait par la direction du groupe pour anticiper la situation et que demain, ce sont les salariés qui feront les frais à la fois d’une crise et de choix industriels dont ils ne sont pas responsables.

Comment réagissent les salariés à l’annonce de ces mesures ?
Les salariés sont inquiets et en colère dans leur grande majorité. Ils soutiennent les syndicats dans l’action. Dès l’annonce de la suppression des 477 emplois sur le site de Montceau, l’intersyndicale SUD-CGT a appelé à une grève très largement suivie. Face à une direction qui refuse de négocier, ils ont voté, à l’unanimité, la reconduction de la grève jusqu’au 24 juin, date à laquelle s’est tenu le dernier CCE où ils se sont d’ailleurs rendu, en nombre, pour porter leurs revendications. Ils réclament l’annulation pure et simple du plan social ainsi que la prise en compte de la pénibilité du travail au titre des départs anticipés. Deux revendications soutenues par les syndicats.

Quelle sera la riposte des syndicats ? Existe-t-il, selon vous, une alternative aux licenciements ?
L’intersyndicale SUD et CGT a fait savoir dans un communiqué, diffusé à la direction et aux salariés, qu’elle était contre les suppressions d’emplois alors que le groupe Michelin, en dépit du contexte économique, annonce des bénéfices records (en mai dernier, les actionnaires se sont partagé 147 millions d’euros soit 41% des bénéfices). Oui, il existe une alternative à la fermeture des sites de production et aux licenciements massifs. Elle repose sur un projet industriel ambitieux et innovant, qui prendrait par exemple en compte les évolutions futures du marché des voitures écologiques, en partenariat avec les constructeurs automobiles et les équipementiers pour la fourniture de pneus nouvelle génération. Aujourd’hui, nous disposons de tous les atouts et de la technicité pour nous adapter à de nouveaux marchés. D’autres pistes de réflexion sont également à l’étude, pour construire un projet économique durable, favoriser l’embauche de jeunes et pérenniser les emplois au sein du groupe. Tout reste à construire et nous nous emploierons à être force propositions, pour prouver à la direction qu’elle fait fausse route.