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L’UIMM s’est créée au tout début du XXème siècle, plusieurs années avant un regroupement plus large du patronat qui allait devenir bien plus tard le CNPF puis le Medef. C’est la métallurgie qui aidera à la structuration des autres secteurs, qui assurera une bonne part des responsabilités et apportera une part importante des moyens financiers à l’institution patronale.
A la veille de la crise actuelle, UIMM détenait une centaine de mandats sur les 940 qu’exerce le Medef dans divers organismes paritaires. C’était cette fédération qui était historiquement chargée des grands dossiers sociaux. Ce sont ses représentants qui présidaient l’Agirc et l’Unedic. Statistiquement cette prééminence était sans aucun doute décalée par rapport à la réalité économique. La métallurgie ce n’est finalement sur le papier que 12% des salariés et 6,4% des entreprises. Mais singulièrement c’est aussi la gestion de fonds d’organismes collecteurs de formation continue avec un budget de 336 millions d’euros, c’est 11% des cotisations au Medef loin devant les Banques et le BTP et c’est aussi une « cagnotte » d’environ 600 millions d’euros. De quoi peser sur la « démocratie interne ».
« Trop c’est trop » s’est exclamée Madame Parisot au moment où éclate l’affaire du parachute doré de Gautier-Sauvagnac. Mais au fait qu’est-ce qui de trop ? Lorsqu’en février dernier, La Tribune commente une étude sur l’augmentation de 40% des PDG des grandes entreprises françaises, Laurence Parisot se dit étonnée. Elle trouve « archi normal que les dirigeants de très grandes entreprises soient très bien payés, sinon ces talents-là nous ne les gardons pas dans notre pays ». Jamais à court d’une balourdise paternaliste, elle ajoute magnanime que « l’enjeu, c’est que tous les salariés aient accès à des rémunérations variables liées aux résultats des entreprises ». Pas si scandalisée que ça donc !
Une bataille de chiffonniers
Mais alors qu’est-ce qui fait problème au delà, bien sûr, de la très mauvaise image que donne du Medef cette affaire ? Soulignons d’abord que l’organisme patronal n’a de syndical que l’apparence. Car toutes ces entreprises ont d’abord pour fonction d’être toutes en concurrence. Curieux syndicat en effet dont les membres font chaque jour l’apologie du marché, de la libre concurrence et du « tous contre tous ». Concurrence entre secteurs, entre petits et gros, entre clients et fournisseurs, entre mondialisés et protectionnistes, entre services et manufacturiers… Trouver le dénominateur commun de tout cela n’est pas simple et la métallurgie pesait sans doute trop lourd dans le contexte actuel. Madame Parisot vient d’ailleurs des services (institut de sondage Ifop). Et si maintenant elle est dans un rôle plus fédérateur, l’UIMM s’était opposée à son élection.
Le patronat n’est pas seulement divisé sectoriellement, il l’est aussi politiquement. Comme le déclare fort bien Laurence Parisot, l’alternative au carcan des lois sociales c’est plus de négociation patronat-syndicats. Mais quelle représentation syndicale et quel niveau de négociation pour cela ? La position libérale la plus conventionnelle voudrait que le niveau de l’entreprise soit le plus fréquent possible avec toujours plus d’émancipation par rapport aux réglementations de branche. Mais, tout cela est assez complexe et les positions patronales assez dispersées : entre celles qui souhaiteraient finalement un affaiblissement grandissant des syndicats et celles qui aimeraient avoir des interlocuteurs forts et « responsables » au niveau des branches.
Le bon monsieur de Virville
Derrière cette crise, beaucoup de non dits, beaucoup d’enjeux. Mais deux facteurs au moins sont identifiables. Le premier, évident, renvoie aux bouleversements économiques et sociaux des vingt dernières années. Les hiérarchies au sein du patronat, les stratégies sociales et les conditions de réalisation du profit se sont transformées dans la grande centrifugeuse de la mondialisation. Le deuxième facteur est celui des conflits de clans. Le Medef, c’est un appareil et beaucoup d’argent ; c’est une nomenklatura. Les enjeux de pouvoir y reposent sur des intérêts matériels et sur toutes sortes de dépendances.
Dans cette atmosphère de tontons flingueurs, il est bon d’avoir de la mémoire. Michel de Virville, secrétaire général du groupe Renault, membre de la direction de l’UIMM et président de l’Unedic jusqu’à cette crise fut surtout l’auteur, en 2004, du fameux rapport Pour un Code du travail plus efficace, annonciateur de toutes les contre-réformes sociales actuelles – dont se réclame au demeurant Madame Parisot. Or, le bon Monsieur de Virville vient d’être débarqué, lâché par ses pairs, pour avoir négocié le prix du départ de Gautier-Sauvagnac (le fameux 1,5 million d’euros). Comment Madame Parisot peut-elle expliquer que l’un de ses principaux inspirateurs en matière d’évolution du droit social puisse être aussi au centre de ce qui la scandalise tant ?
La vérité c’est que l’affaire de l’UIMM ternit inopportunément l’image du syndicalisme patronal au moment même où sa dirigeante veut occuper l’espace médiatique pour raconter aux Français une histoire enchantée. C’est d’ailleurs un domaine qu’elle connaît et maîtrise en tant que dirigeante de l’Ifop et spécialiste des enquêtes d’opinion. Il fallait absolument que des têtes tombent pour pouvoir maintenir ce cap. Alors, elles tombent...
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